L’histoire du prophète et roi David (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui)

Alors qu’auparavant les différentes tribus constituant les fils d’Israël luttaient contre les Philistins sans disposer d’une direction unique (c’était la période dite « des Juges« ), à un moment donné ils demandèrent à leur prophète Samuel, de leur susciter un roi, sous la direction duquel ils pourraient combattre (avec plus d’efficacité) leur ennemi.

C’est ainsi que Saül fut désigné roi. David fils de Jessé se révéla à l’occasion d’une bataille, où il tua Goliath. Des éléments parmi ces événements figurent dans le Coran 2/246-251.

Plus tard ce fut David qui devint roi, succédant ainsi à Saül.

Le Coran enseigne que David fils de Jessé ne fut pas seulement un roi, mais aussi un prophète d’Allah. Allah dit de David : « Et Nous renforçâmes sa royauté » (Coran 38/20). Mais il dit aussi de lui : « Et Nous avons donné de plus grandes faveurs à certains prophètes par rapport à d’autres, et Nous avons donné à David les Psaumes » (Coran 17/55) : on voit ici que David est classé parmi les prophètes, et que ce fut Allah qui lui révéla les Psaumes (soit son texte même, soit son sens uniquement, la composition des termes étant alors de David) ; « Et Nous avions écrit dans les Psaumes, après l’Evocation (dhikr), que la Terre, en hériteront Mes pieux serviteurs » (Coran 21/105).

Un passage du Coran mettant en scène le prophète et roi David (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) :

« اصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَاذْكُرْ عَبْدَنَا دَاوُودَ ذَا الْأَيْدِ إِنَّهُ أَوَّابٌ {38/17} إِنَّا سَخَّرْنَا الْجِبَالَ مَعَهُ يُسَبِّحْنَ بِالْعَشِيِّ وَالْإِشْرَاقِ {38/18} وَالطَّيْرَ مَحْشُورَةً كُلٌّ لَّهُ أَوَّابٌ {38/19} وَشَدَدْنَا مُلْكَهُ وَآتَيْنَاهُ الْحِكْمَةَ وَفَصْلَ الْخِطَابِ {38/20
وَهَلْ أَتَاكَ نَبَأُ الْخَصْمِ إِذْ تَسَوَّرُوا الْمِحْرَابَ {38/21} إِذْ دَخَلُوا عَلَى دَاوُودَ فَفَزِعَ مِنْهُمْ قَالُوا لَا تَخَفْ خَصْمَانِ بَغَى بَعْضُنَا عَلَى بَعْضٍ فَاحْكُم بَيْنَنَا بِالْحَقِّ وَلَا تُشْطِطْ وَاهْدِنَا إِلَى سَوَاء الصِّرَاطِ {38/22} إِنَّ هَذَا أَخِي لَهُ تِسْعٌ وَتِسْعُونَ نَعْجَةً وَلِيَ نَعْجَةٌ وَاحِدَةٌ فَقَالَ أَكْفِلْنِيهَا وَعَزَّنِي فِي الْخِطَابِ {38/23} قَالَ لَقَدْ ظَلَمَكَ بِسُؤَالِ نَعْجَتِكَ إِلَى نِعَاجِهِ وَإِنَّ كَثِيرًا مِّنْ الْخُلَطَاء لَيَبْغِي بَعْضُهُمْ عَلَى بَعْضٍ إِلَّا الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَقَلِيلٌ مَّا هُمْ وَظَنَّ دَاوُودُ أَنَّمَا فَتَنَّاهُ فَاسْتَغْفَرَ رَبَّهُ وَخَرَّ رَاكِعًا وَأَنَابَ {38/24} فَغَفَرْنَا لَهُ ذَلِكَ وَإِنَّ لَهُ عِندَنَا لَزُلْفَى وَحُسْنَ مَآبٍ {38/25
يَا دَاوُودُ إِنَّا جَعَلْنَاكَ خَلِيفَةً فِي الْأَرْضِ فَاحْكُم بَيْنَ النَّاسِ بِالْحَقِّ وَلَا تَتَّبِعِ الْهَوَى فَيُضِلَّكَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ إِنَّ الَّذِينَ يَضِلُّونَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ لَهُمْ عَذَابٌ شَدِيدٌ بِمَا نَسُوا يَوْمَ الْحِسَابِ {38/26″


« [O Muhammad] fais preuve de patience face à ce qu’ils [= tes détracteurs] disent. Et rappelle-toi Notre serviteur David, celui qui était doué de force [dans l’adoration d’Allah] ; il se repentait beaucoup. Nous avions soumis les montagnes avec lui, à glorifier Allah soir et matin, ainsi que les oiseaux assemblées en masse. Chacun étant à Lui obéissant. Et Nous renforçâmes sa royauté, et lui donnâmes la sagesse et le propos décisif.

Et la nouvelle des disputeurs t’est-elle parvenue ? Lorsqu’ils escaladèrent le mur du sanctuaire. Lorsqu’ils entrèrent auprès de David, celui-ci fut alors effrayé par eux. Ils lui dirent : « N’aie pas peur. (Nous sommes) deux disputeurs, l’un de nous a agi injustement vis-à-vis de l’autre ; rends donc le jugement entre nous selon l’équité, ne sois pas injuste, et guide-nous vers la droiture du chemin. Celui-ci est mon frère, il a quatre-vingt-dix neuf brebis, et je n’en ai qu’une. Il m’a dit : « Confie-la-moi », et il a insisté avec moi en (me) parlant. » (David) dit : « Il a été certes injuste envers toi en demandant de joindre ta brebis aux siennes. Et beaucoup de personnes sont injustes envers leurs associés, sauf ceux qui ont la foi et font les bonnes actions – et peu nombreux sont ceux-là. » Et David pensa alors que Nous l’avions mis à l’épreuve, il demanda pardon à Son Seigneur, tomba prosterné et se repentit.

Nous lui pardonnâmes cela. Et il aura une place proche de Nous et un beau refuge. « David, Nous avons fait de toi un lieutenant sur terre ; juge donc selon l’équité parmi les gens, et ne suis pas l’envie, car elle t’égarerait du chemin d’Allah. » Ceux qui s’égarent du chemin d’Allah auront un dur châtiment, parce qu’ils auront oublié le Jour des Comptes » (Coran 38/17-26).

Notes :

Le fait qu’il y ait eux deux disputeurs (« khasmâni« ) alors qu’au début le verbe « escalader » a été employé non pas au duel (muthannâ) mais au pluriel (jam’) (« tassawwarû« ) s’explique soit par le fait que chacun des deux disputeurs était accompagné par des partisans ; ou bien il y avait seulement les deux disputeurs, mais le pluriel a été exceptionnellement employé au lieu du duel (Bayân ul-qur’ân, note de bas de page).

Certains commentateurs sont d’avis que ces deux disputeurs furent deux anges envoyés à David sous forme humaine (Tafsîr ul-Qurtubî).

Que signifie ce passage ? En quoi Allah a-t-Il éprouvé Son serviteur David (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) ?

Les Commentateurs classiques du Coran ont avancé plusieurs interprétations quant à la signification de ce passage coranique (voir Ahkâm ul-qur’ân de Ibn ul-‘Arabî, et Tafsîr ul-Qurtubî). Nous en citerons ci-après deux…

A) Une première interprétation :

D’après une première interprétation, l’erreur que le prophète David (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) a faite ici est qu’il a rendu le jugement après avoir entendu un seul des deux disputeurs, le plaignant (al-mudda’î), et n’a pas attendu, comme il aurait dû le faire, d’entendre au préalable le défendeur (al-mudda’â ‘alayh) (interprétation relatée in Ahkâm ul-qur’ân 4/56).

Car quand les deux disputeurs sont devant le juge, il est bien entendu obligatoire d’entendre les deux avant de rendre le jugement : le prophète Muhammad (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) avait dit à ‘Alî (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il l’avait envoyé comme juge (qâdhî) : « Lorsque les deux disputeurs s’assoient devant toi, ne rends pas le jugement avant d’avoir écouté (aussi) de l’autre, comme tu auras écouté de l’un ; ceci sera plus à même que le jugement (juste) t’apparaisse » (Abû Dâoûd, 3582, at-Tirmidhî, 1331).

— Si seulement le plaignant est présent tandis que l’autre personne est absente du tribunal mais se trouve dans la ville, alors d’après la majorité des ulémas le juge doit attendre de l’entendre lui aussi avant de rendre le jugement (Al-Mughnî 13/631-634).
— Et si seulement un disputeur est présent tandis que l’autre est absent de la ville même, alors, d’après certains ulémas, le juge doit quand même attendre de l’entendre avant de rendre le jugement (Al-Mughnî 13/631-634).

Il est vrai que le Prophète (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui), questionné par Hind (qu’Allah l’agrée) au sujet des dépenses liées au ménage, a dit à celle-ci ce qu’elle pouvait faire, et ce alors même que son mari Abû Sufyân n’était pas présent. Cependant, il y a divergence quant à la question de savoir si le Prophète (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) a alors rendu un qadhâ, ou a seulement énoncé une fatwâ (cf. Al-Ihkâm fî tamyîz il-fatwâ ‘an il-ahkâm, al-Qarâfî, pp. 112-114). Al-Qarâfî pense que l’avis pertinent est que le Prophète (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) n’a alors pas rendu un jugement (qadhâ) mais a énoncé une règle (fatwa) et que celle-ci est donc applicable (mas’alat uz-zafar) sans qu’il y ait besoin du jugement d’un juge (cf. Al-Furûqfarq 36 et farq 224).


B) Une autre interprétation, celle de Ibn ul-‘Arabî :

Ibn ul-‘Arabî a donné préférence à une autre interprétation, celle qui va suivre ; il pense de la première qu’elle est erronée et qu’un prophète (que la paix et la prière d’Allah soit sur lui) ne peut pas commettre d’aussi grande erreur que celle de n’écouter qu’une seule des deux parties ; le texte coranique, dit-il, est elliptique, et il faut comprendre que l’autre partie a acquiescé (Ahkâm ul-qur’ân 4/55). Selon l’interprétation à laquelle Ibn ul-‘Arabî a donné préférence, ce passage coranique renvoie, pour ses détails, à un passage biblique dont le fond est vrai mais dont certains détails sont erronés. Que nous ne citerons pas, afin de ne pas suscité une curiosité ambiguë dans le cœur de chaque personne.